MULAMBA FEZA Ingrid

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Couvre-feu ou koboma batu ?
Cafouillage pour une survie quotidienne à tout prix pour les malewistes à Kinshasa

Référence bibliographique:

MULAMBA FEZA Ingrid (2021) Couvre-feu ou koboma batu? Cafouillage pour une survie quotidienne à tout prix pour les malewistes à Kinshasa. Le Carrefour Congolais (5)  19-42.

 

Résumé

En se fondant sur l’observation au quotidien des habitants de la ville de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, la maladie à coronavirus, surtout les mesures barrières prises par l’autorité publique de concert avec l’équipe de riposte pour la contrecarrer, perturbent gravement le train de vie habituel des citoyens. Notamment dans le cercle de l’entreprenariat des malewistes1 où l’on se demande s’il s’agit vraiment d’un couvre-feu ou plutôt de l’opération boma mutu c’est-à-dire une extermination des gagnepetits ? Ceci nécessite la compréhension de cette posture pourtant protectrice mais interprétée comme irrationnelle par le commun de mortels à la quête de survie.

En effet, au lieu-dit Point-chaud, sur cet espace-marché-bar à Kingabwa, l’un des quartiers de la Commune de Limete dans la ville de Kinshasa, on entend des commentaires à longueur des journées : Coronavirus, c´est une marque mystico-religieuse pour couronner la bête « 666 » et surtout pour endormir les esprits faibles. Et pour ce, les femmes, pionnières et gardiennes de leurs ménages, brisent les mesures barrières pour s’en sortir. On répète à satiété « soki naye koteka te, na kolia l’Etat ? », « atika biso to débrouiller po mibali misala ekufa », « tika ngai maladi eza te », « virus eza na Gombe na cité te », « ngai naza pembeni ya moto corona ezela na 21 heures », « couvre-feu to boma moto, pesa nzela na 500 Fc ? »,…

Ces différentes expressions traduisent une lutte acharnée qui induit l’opération pesa nzela (libérer la voie) qui est un moyen de contournement du couvre-feu. Ce combat engage la masse paupérisée dont près de 70% des femmes en RDC qui évoluent dans un contexte de pauvreté endémique accentué par un contexte politique instable, couplé par un chômage accru des jeunes et surtout des filles qui se sont résiliées et aspirent à une autonomie sacralisée par l’exploitation d’une activité économique informelle, panacée de la lutte pour la survie au quotidien.

Avec cette dialectique, contrainte existentielle face au respect des mesures barrières pour se protéger contre le virus, les représentations de la réalité sociale, les logiques des acteurs et l’impact de ces mesures barrières, s’invitent dans cette analyse pour une meilleure saisie de cet univers de malewistes, renfermé sur lui-même, plein d’énigmes, d’ingéniosité dans la fabrique des stratégies de contournement des voies légales.

Mots clefs : femmes vendeuses, maladie à coronavirus, pauvreté, entreprenariat au féminin, survie.

1Par Malewistes, nous entendons des dames tenancières des restaurants de fortune autrement dénommés, restaurants de rue, restaurants populaires qui proposent des mets locaux à des coûts très abordables aussi bien aux riverains qu’à des passants.