NDAYA TSHITEKU Julie

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La coopération entre ONG, Recherches Académiques et Media pour l’ancrage du développement au Congo

Référence bibliographique:
NDAYA TSHITEKU Julie «La coopération entre ONG, Recherches Académiques et Media pour l’ancrage du développement au Congo», Le Carrefour Congolais, 1,  2019, p.15-32

 

Introduction

En  septembre 2000, la revue de l’Institut universitaire d’études sur le développement, les NOUVEAUX CAHIERS DE L’IUED, publiait un numéro qui avait comme thème: Sciences Sociales et Coopération en Afrique, les rendez-vous manqués. En partant des exemples pratiques très bien documentés, les 15 contributions rassemblées dans la revue étaient unanimes sur une chose: il  y a un manque de collaboration entre les organisations de développement en Afrique sub-saharienne et le secteur des recherches en sociales. Une contribution, celle de Mahaman Tidjani Alou, engageait une analyse encore plus profonde sur ce sujet (57-67). L’auteur montrait qu’il y avait une immense production du savoir empirique qualitatif  sur l’Afrique, mais ce savoir n’était pas mobilisé dans les programmes de développement.

L’argument de Mahaman Tidjani, comme il apparait dans le titre de la revue est une lecture bien applicable au fonctionnement des secteurs de la recherche et des ONG en République démocratique du Congo. Dans ce pays, caractérisé depuis des décennies d’une part par ce qu’il importe d’appeler désormais l’ONGISATION de la société (Giovannoni et alii 2004 : 120) et d’autre part le foisonnement sans précèdent dans l’histoire du pays des institutions où les recherches notamment qualitatives sont faites par des autochtones congolais, des insiders, partageant la réalité étudiée, dans laquelle ils vivent, la collaboration entre les académiciens et les praticiens de terrain est marginale.  Ceci, contrairement aux organismes de développement des sociétés dites modernes. Ils ont compris que pour la maitrise des questions qu’ils entendent résoudre, la connaissance du contexte culturel congolais est nécessaire. Ils utilisent à cette fin la production scientifique faite par des générations des chercheurs externes au Congo afin de définir leurs objectifs, d’élaborer des programmes pour enfin socialiser leurs partenaires congolais aux actions à entreprendre comme solutions aux problèmes de leur pays. Et même si les mentalités ont changé, dans l’idée qu’il ne peut plus être question d’exporter vers les pays dits pauvres des schémas d’intervention tout faits, fonctionnement qui a parfois créé des distorsions, l’élaboration des programmes pour le développement du Congo est basée sur les productions scientifiques plusieurs générations des chercheurs, appartenant à des institutions des recherches du nord de l’atlantique. Elles fournissent de l’expertise et le savoir sur le Congo dans des fora internationales,  loin des lieux où la connaissance a été produite. Même si aujourd’hui, les chercheurs sont régulièrement invités à̀ prendre position dans les médias, il n’en reste pas moins que c’est leur avis en tant qu’expert qui est mis en valeur et non le travail de recherche en tant que tel.

Cette contribution a pour but de montrer la nécessité de la collaboration entre ces trois secteurs est utile. La question centrale est comment arriver à une collaboration entre les ONG, le monde académique et les media et construire ensemble un savoir valide, traductible en des actions de développement structurelles, durables, comme réponse aux difficultés de la vie quotidienne que rencontre la population. Les données pour le faire proviennent de nos lectures, de nos observations,  de notre pratique comme consultante et responsable d’ONG, comme ethnographe, des causeries avec des différents responsables des ONG chercheure en science sociale annuelles organisées par le département d’Anthropologie de l’ Université de Kinshasa de ce qui nous a semblé difficile à être considéré comme une évidence: le manque de collaboration entre le monde universitaire et les projets de développement au Congo ainsi que des remarques et propositions des participants aux conférences, qu’organise le département d’anthropologie de l’université de Kinshasa depuis 2012. Au dire des participants de ces conférences, qui réunissent chaque année les chercheurs, les praticiens représentants des différentes organisations de développement, des professionnels de la santé, de la justice, des médias, des acteurs politiques et surtout des étudiants, il y a beaucoup d’enjeux et des avantages à stimuler la coopération entre les ONG, le monde de la recherche et les medias. Pour connaître l’efficacité de son action, il faut qu’il y ait un discours critique, et ce  discours critique doit être externalisé, c’est - à - dire qu’il y ait une reprise, par des institutions autres que celles qui sont directement impliquées, à produire un savoir à propos de l’aide et du système des recherches et proposer ce savoir aux sociétés bénéficiaires. 

 Notre thèse est qu’une telle coopération locale durable peut donner une impulsion au développement, par un regard critique appuyé par des recherches actions, citoyennes comme réappropriation du savoir sur le Congo par les Congolais.  En premier lieu sera développé le contexte, Etant consciente que beaucoup des facteurs, comme la question financière auxquels les secteurs se butent, et oblige à se plier aux exigences des bailleurs et qui n’est pas la seule entrave à la collaboration, nous allons relever ces facteurs afin pour qu’on puisse en tenir compte. Les enjeux, les avantages, les types ainsi que les lieux de collaboration.